Qu’est-ce qu’une plante sauvage ?

observation d'une plante sauvage

Les plantes sauvages font partie intégrante de notre patrimoine. Elles déterminent notre terroir et sculptent nos paysages. La mission que se donne Totem Sauvage est d’insuffler une renaissance à ce précieux héritage. Et pour cela, nous avons besoin de poser les bases. Alors allons-y.

Qu’entend-on par plante sauvage ?

Faisons simple. Par sauvages, on entend les plantes qui poussent sans l’intervention directe de l’homme dans un écosystème ou un lieu donné. Précisons que les arbres sont bien des plantes, et dans la notion de plantes sauvages, nous incluons donc toutes les strates de végétation.

Les sauvages diffèrent principalement des plantes cultivées ou horticoles (disons, par concision, domestiquées), par le fait qu’elles sont se semées toutes seules, ont germé et survivent sans assistance.

Première subtilité : sauvage ici, sauvage là-bas ?

Évidement, dans une même région, un même pays, une plante peut être sauvage dans un biotope donné, et pourtant plantée ou invasive dans l’écosystème d’à côté. Il existe donc de nombreuses nuances, et le simple fait d’observer les plantes en “milieu naturel” ne constitue pas un critère suffisant pour savoir si vous êtes face à du sauvage.

Prenons l’exemple des épicéas. Les plantations d’épicéas ne sont pas sauvages (même si certaines peuvent se réensauvager), bien que l’épicéa soit un arbre qui pousse naturellement en France. Le cas des forêts est donc un peu plus difficile, car les essences sont favorisées par les forestiers. Il faudrait établir le profil phytosociologique, autrement dit analyser l’ensemble du cortège des plantes, avant de le caractériser.

Une première différence évidente et majeure, les domestiquées sont donc plantées, cultivées et favorisées, quand les sauvages ne le sont pas.

Deuxième point d’attention : les pressions de sélection

De plus, les domestiquées peuvent avoir été sélectionnées (certaines, comme les céréales, depuis au moins -6 800 ans avant JC). Et les logiques de fonctionnement diffèrent assez vite. Il est déjà intéressant de comprendre quels sont les facteurs et pressions de sélection, qui les distinguent.

Ce que nous savons tous : les cultivées sont sélectionnées depuis bien longtemps, selon des critères de rendements ou encore de beauté.

Décortiquons ensemble l’exemple le plus ancien de sélection : la sélection massale. Elle consiste à récolter les graines des pieds les plus abondants, résistants, goûteux, pour les semer l’année suivante, en favorisant donc les critères de sélection. Si ces critères profitent d’une bonne transmission génétique, alors après des générations de sélections, ces critères se seront perpétués et accentués.

Notons que dans les deux cas, des recombinaisons génétiques naturelles continuent d’avoir lieu.

D’un autre côté, les sauvages répondent au principe de sélection naturelle, qui consiste en des recombinaisons génétiques à chaque reproduction sexuée, et à un jeu de succès de survie et de reproduction. Évidemment, elles ne vont pas forcément évoluer en fonction de critères gustatifs ou esthétiques (bien que ça puisse en faire partie), mais en fonction des avantages compétitifs pour la survie.

Une notion passionnante : la levée de dormance.

Une autre notion passionnante, c’est la notion de levée de dormance qui nous permet des analyses de bioindication ou de phytosociologie.

En effet, au cours de l’évolution, les plantes ont comme acquis la capacité de ne germer que si les chances de survie sont intéressantes.

Une mauvaise saison ? J’ai atterri au mauvais endroit ? La graine reste en sommeil jusqu’à des jours meilleurs.

À défaut de se déplacer dans l’espace (quoique), c’est comme si elles avaient appris à se déplacer dans le temps.

Et l’avantage compétitif du principe de dormance est assez simple à comprendre. Si je mets toutes mes ressources (sucres, nutriments, protéines) dans mes graines pour ma descendance, mais que ces ressources sont gaspillées à tenter de survivre dans un environnement hostile, alors c’est très inefficace.

Illustrons notre propos : je suis un noisetier qui vit près d’une rivière. Si les noisettes qui tombent dans la rivière germent, ma survie est compromise et mes ressources sont gaspillées. En revanche, si en attendant un environnement favorable, je reste en “dormance” plusieurs années, attendant des jours meilleurs, j’aurais plus de chance de germer dans un environnement devenu favorable (assèchement de la rivière, dépôt de la noisette sur une berge…).

Fun fact : la graine la plus ancienne découverte, encore viable, aurait plus de 30 000 ans !

Cette capacité, vous l’avez compris, s’appelle donc la mise en dormance. Lorsque la graine germe, on parle alors de levée de dormance.

À présent, en fonction des statistiques observées quant à la germination des plantes dans un écosystème donné (levée de dormance), l’on peut déduire de nombreuses informations sur la nature du sol, sur l’hygrométrie, l’hydrométrie, qualité nutritionnelle du sol. Etc.

Nous disposons donc d’une réserve de graines incommensurable. Nous comprenons maintenant pourquoi, dans le potager, si je retourne ma terre pour “tuer les mauvaises herbes”, elles reviendront irrémédiablement (j’aurais fait remonter les graines enfouies, toujours viables, à la surface du sol…).

Fun fact : il y aurait en moyenne 10 000 graines en dormance dans 1 m² de sol.

Or, si les semences de notre agriculture étaient sélectionnées sur leur capacité à lire leur environnement avant de germer, nos agriculteurs seraient bien embêtés (et encore plus endettés) ! Nous les sélectionnons notamment sur leur capacité à avoir un taux optimisé de germination.

Un dernier élément de distinction induite : la symbiose

Nous pourrions ajouter, que les plantes sauvages (dans 95 % des cas) ont appris à vivre en symbiose avec un ensemble d’individus (champignons, bactéries, etc.) pour mieux se nourrir, se guérir, ou se défendre. Dans un environnement hostile, où la compétition est rude, chaque génération conserve (voire renforce) donc sa capacité de symbiose.

De manière inverse, la pression de sélection est totalement autre dans nos champs de blé. Nous apportons les apports nutritionnels nécessaires sous forme d’engrais (biodisponibilité), nous chassons les insectes à base d’insecticides. Si mes racines baignent dans les nutriments qui me sont nécessaires, que l’homme se charge de faire fuir mes prédateurs, je n’ai pas d’intérêt à renforcer mon partenariat avec mes champignons mycorhiziens et autres auxiliaires. Peu à peu, ces liens se délitent donc.

Conclusion

Les plantes sauvages et les cultivées ont des vertus bien additionnelles, et leur étude respective implique des compétences tout à fait différentes et complémentaires.

Adeline

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut